3ème volet sur l’histoire de l’audition. Le Docteur Alain ATTARD, ORL, Otologiste, poursuit le voyage dans l’histoire de notre audition. Intéressons nous à la place du malentendant.

Quelle place pour le malentendant dans notre société ?

En mars 1995 le Docteur Philippe Lafosse et Monsieur Gérard Challier avaient écrit un petit livre intitulé « Comment vivre avec un malentendant. » (Editions Josette Lyon).

Aujourd'hui il faut voir les choses autrement :

  • Que doit faire le malentendant pour ne pas être trop pénalisé par sa surdité, ses répercussions inévitables sur la communication humaine mais aussi sur différents aspects neurocognitifs?
  • Que doit faire le malentendant pour garder sa place dans la société?
  • Que doit faire le malentendant pour ne pas souffrir de son handicap et vivre l'isolement inévitable?
  • Que doit faire le malentendant pour garder, à toutes les étapes de sa vie, un élan vital?

Peut-on limiter la répercussion de la surdité ? Assurément oui.

Cette question est d'ordre personnel mais aussi d'ordre social et collectif. La prévalence de la surdité est très importante. Quatrième cause de morbidité toutes pathologies confondues, ses conséquences sont nombreuses avec de multiples répercussions à tous les niveaux. Son impact économique a été évalué comme très important. Cela n’a pas manqué de susciter l’intérêt des pouvoirs publics récemment. Mais il paraît indispensable et fondamental que le premier concerné, le malentendant, soit le premier moteur dans cette compréhension et cette attitude.

La prise en compte de la surdité implique trois échelons

Un échelon national de prévention : le dépistage systématique à la naissance, le suivi auditif qui devrait commencer chez le jeune adulte et se poursuivre toute la vie.

La prise en compte de la surdité par un dépistage et un appareillage précoce : cet appareillage doit s'envisager de façon bilatérale, adaptée et suivie. Nous verrons plus loin que si l'appareillage est indispensable, mais seul, il ne suffit pas à corriger une surdité.

L'acceptation et la prise en charge de la surdité par le patient lui-même : cela suppose comme pour tout organe et fonction corporelle, un bon équilibre vital.

Une attitude positive peut se mettre en place :

  • Donner de l'importance à la nourriture
  • Pratiquer une activité physique régulière et adaptée
  • Se débarrasser de facteurs toxiques comme l'alcool et le tabac
  • Travailler son bien-être, sa confiance en soi
  • Conserver une activité intellectuelle et mentale active

La dégradation des fonctions supérieures peut être freinée en gardant une activité globale équilibrée.

L’audition : l’étroite et indispensable relation entre oreille et cerveau

L'audition est un phénomène complexe qui commence par l'oreille et se termine au niveau du cerveau. Le lien entre les fonctions supérieures, cognitives et l'audition n’est plus à prouver. De ce fait, la prothèse auditive apporte une correction physique au niveau de l'information sonore et de son acquisition par l'oreille. Pour autant, la prothèse n'agit pas sur l'étape finale neuro-corticale.

Une prise en charge complète et une sollicitation des fonctions supérieures régulière

D'où la nécessité d'une prise en charge complémentaire et indispensable :

  • Travailler les fonctions supérieures,
  • La lecture,
  • L’écoute de la musique,
  • Travailler le calcul mental car les phénomènes analytiques sont de même ordre que pour l'audition.
  • Travailler sa mémoire en particulier sa mémoire immédiate (mémoire de travail) indispensable pour un bon résultat auditif.
  • Travailler l'acquisition d'une langue étrangère...

Exercer son audition dans les milieux bruyants

Dans ce contexte, toutes les techniques de remédiation apparaissent nécessaires, complémentaires et indispensables à un bon résultat de la prothèse auditive, comme les séances d'orthophonie. Mais aussi travailler sa mémoire de travail, travailler « son oreille » en s’exerçant dans le déchiffrage des sons, des mots, des phrases dans un contexte acoustique peu favorable. Il s'agit de faciliter la perception et la compréhension des phrases dans le milieu bruyant.

Les échecs ressentis par chacun après avoir mis des prothèses auditives ne sont pas forcément dus à la prothèse auditive mais à des difficultés personnelles de déchiffrage de l'information sonore. D'où l’intérêt et la nécessité de travailler l'analyse sonore pour comprendre son entourage quel que soit le moment : un mariage, une fête familiale etc.

Le malentendant, acteur de son audition

Oui l'entourage doit faciliter la vie de la personne touchée, mais la personne souffrant d'une surdité doit elle-même réagir. En prenant dès aujourd’hui, les moyens à sa disposition pour améliorer sa compétence auditive avec une répercussion personnelle et sociale positive.

Retrouvez l'article précédent : L'histoire de l'audition: La nécessité d'entendre et de comprendre.

Il peut être intéressant d'en savoir plus sur son audition. Découvrez comment elle fonctionne et comment en prendre soin, à travers nos autres articles, pour reprendre le plaisir d'entendre.

Docteur Alain Attard

Send this to a friend