La cataracte et la baisse d’audition accéléreraient le déclin cognitif

Opérer la cataracte ou s’équiper d’audioprothèses ? Ni le premier ni le second choix n’apparaissent comme des bonnes nouvelles. Ils sont tous les deux liés à l’âge.
Mais rappelons que selon Jean d’Ormesson : « Vieillir, c’est la seule façon de ne pas mourir». Et surtout maintenant des pistes sérieuses montrent que ces deux actes médicaux engageants pourraient éloigner le déclin cognitif.
C’est ce que des chercheurs ont découverts après avoir étudié 2068 anglais ayant subi une opération de la cataracte et 2040 américains équipés d’aides auditives.
Le déclin cognitif, qui affecte la mémoire et les capacités de réflexion, est ralenti après l’amélioration de la vue ou de l’audition. En chiffre, le déclin réduit de 50% après une opération de la cataracte et de 75% après l’adoption de prothèses auditives.

Port des aides auditives et déclin cognitif

L’étude commune de l’université du Michigan-USA et de l’université de Manchester-UK prouve que le port d’audioprothèses réduit la vitesse du déclin cognitif. L’étude longitudinale source, conduite sur 2040 américains, s’est concentrée sur la santé à la retraite (The Health & Retirement Study) et s’est étalée sur 18 ans.
Un test d’audition était réalisé tous les deux ans. Et l’état cognitif était aussi testé en utilisant des tests standardisés. Lorsque les participants s’équipaient en audioprothèses la vitesse du déclin cognitif était 75% plus lente que chez le groupe témoin.

L’impact de l’opération de la cataracte sur les capacités cognitives

Pour la chirurgie de la cataracte, la même équipe de chercheurs a conduit une étude publiée en octobre 2018.  Ils ont comparé l’état cognitif des 2068 opérés de la cataracte de l’étude longitudinale English Longitudinal Study of Ageing menée de 2002 à 2014. Ces données ont été comparées à celles du groupe contrôle de 3636 participants sans cataracte.

Chez les patients opérés la vitesse du déclin cognitif a baissé de 50% sur les 13 ans que l’étude a duré. Leur état mental a rattrapé celui du groupe de contrôle qui n’avait pas de cataracte.

Les 2 études évaluent le déclin cognitif par un test de mémoire. On demande aux participants de se souvenir de 10 mots immédiatement et à la fin de l’examen cognitif total.

Les 2 courbes sont une représentation schématique sans dimensions montrant une baisse d’un déclin de 75%. En orange un groupe contrôle et en rouge un groupe sur lelequel on intervient. Les formes des courbes sont illustratives.

Les facteurs sensoriels du déclin cognitif dans les deux études

L’hypothèse de la cascade envisage que la réduction prolongée des fonctions auditives et/ou visuelles conduit à une stimulation insuffisante [du cerveau], ce qui peut causer des déclins cognitifs vers la fin de la vie. Le fait que la vitesse du déclin cognitif diminue chez les malentendants qui s’équipent d’aides auditives soutient cette hypothèse.

Des études précédentes ont démontré que les utilisateurs d’appareils auditifs connaissent un taux moins élevé de dépression et ont un engagement social amélioré dès le début de l’équipement en aides auditives. Ces faits supportent la proposition que l’âge de début d’équipement en appareils auditifs est crucial pour le succès de l’appareil auditif en tant qu’aide au bien-vieillir.

Et d’autres études, notamment japonaises, ont montré une amélioration des fonctions cognitives après une opération de la cataracte.

Un autre mécanisme que pourraient déclencher le port d’appareils auditifs et l’opération de la cataracte est l’amélioration de l’auto-efficacité (la croyance qu’a un individu en sa capacité de réaliser une tâche).  Cette croyance, à son tour, améliore les scores sur les tests cognitifs et de mémoire.

Des pistes pour la cataracte, l’audition et la démence

Ces 2 études de l’université du Michigan-USA et de l’université de Manchester-UK sont très intéressantes car réalisées sur le long terme et sur un grand nombre de participants. Bien sûr elles comportent des faiblesses et indiquent des pistes de nouvelles études pour affiner et préciser ces résultats.

Il n’en reste pas moins que l’effort de santé publique pour faciliter l’accès à la conservation de nos capacités visuelles et auditives pourrait retarder l’apparition des déficits cognitifs et prouver être une intervention préventive réussie pour réduire l’épidémie de démence.

La malentendance est démontrée comme étant, à partir de la cinquantaine, le facteur de risque le plus important dans la démence. Ainsi 55 ans est l’âge moyen auquel la perte d’audition est associée au risque de démence.

Prévenir la perte auditive, la dépister et améliorer la prévalence des aides auditives peut préserver les fonctions cognitives de la fin de vie.

L’importance des données de santé sur l’audition

Il est aussi intéressant de noter qu’un certain parallèle est établi de fait par ces chercheurs entre les conséquences d’une opération de la cataracte et celles d’un équipement en aides auditives.

Ceci doit nous pousser à oublier la stigmatisation des aides auditives et à considérer leur port comme une véritable intervention de prévention de la démence. En tant qu’intervention, il faut enregistrer, suivre et analyser les données de la surdité autant que celles de la chirurgie de la cataracte.

Philippe Ecrement
Innovation

Source étude aides auditives:
Longitudinal Relationship Between Hearing Aid Use and Cognitive Function in Older Americans
Source étude opération de la cataracte:
Cataract surgery and age-related cognitive decline: A 13-year follow-up of the English Longitudinal Study of Ageing